L’article en bref
La boxe remonte à environ 5 000 ans en Mésopotamie, bien avant les Jeux olympiques grecs et la codification anglaise moderne.
- Origines millénaires : Des reliefs sumériens et égyptiens témoignent de combats à poings bandés dès le IIIe millénaire avant notre ère. Le pugilat entre officiellement aux Jeux olympiques en 688 avant J.-C.
- Codification anglaise : James Figg fonde la première école de boxe à Londres en 1719. Jack Broughton rédige les premières règles universelles en 1743 pour éviter les décès.
- Règles de Queensberry : En 1865-1867, ces règles imposent les gants, les rounds de trois minutes et les catégories de poids, transformant la boxe en sport moderne et moins létal.
- Boxe française : Charles Lecour fusionne savate et boxe anglaise au milieu du XIXe siècle, créant la boxe savate française officielle en 1900.
Il y a environ 5 000 ans en Mésopotamie, des hommes se battaient déjà à coups de poings bandés. Des reliefs sumériens découverts en Irak en témoignent sans ambiguïté : la boxe n’est pas une invention moderne. Loin de là. Derrière cette question — qui a inventé la boxe — se cache une histoire millénaire, traversée par des figures marquantes et des règles fondatrices qui ont modelé le sport que l’on connaît aujourd’hui.
Les origines ancestrales de la boxe : de la Mésopotamie à la Grèce antique
Des poings bandés avant l’Antiquité grecque
Les premières traces de combat à poings remontent au IIIe millénaire avant notre ère. En Égypte, en Assyrie et en Babylonie, des artefacts représentent des hommes enroulant des lanières de cuir autour de leurs mains. En Sardaigne, les Géants de Mont-Prama, découverts en 1974 et datés du Xe siècle avant J.-C., incluent des statuettes de pugilistes équipés de gants et de casques. Des œuvres datant de 2000 av. J.-C. montrent des combattants identiquement protégés. Plus au sud, en Nubie — sur les territoires de l’actuelle Éthiopie — des hommes s’affrontaient à poings nus dès le Ier millénaire avant J.-C.
L’Iliade d’Homère n’est pas en reste. Nestor y décrit la boxe avec les pieds et les mains, tandis qu’Achille récompensait le vainqueur d’une mule indomptée de six ans. Le perdant, lui, repartait avec une coupe à deux anses. Ces combats s’arrêtaient au K.O., sans chercher la mort.
Le pugilat grec : naissance d’un art olympique
En 688 avant J.-C., lors de la 23e Olympiade, le pugilat entre officiellement au programme des Jeux olympiques. Onomaste de Smyrne remporte ce jour-là le tout premier titre olympique de boxe de l’histoire. Quelques décennies plus tard, Tissandre de Naxos s’impose quatre fois consécutivement — en 572, 568, 564 et 560 avant J.-C. — un record qui n’a jamais été égalé.
Le pugilat grec est brutal. Pas de catégories de poids, pas de limite de temps. Les boxeurs portent des cestes, des lanières de cuir renforcées, parfois agrémentées de métal. Les coups ne sont autorisés qu’à la tête. Le combat cesse seulement à l’abandon ou au K.O. Aux 71e Jeux olympiques de 476 avant J.-C., le boxeur Kleomedes d’Astypalaia tue son adversaire Ikkios d’Epidaurus, après approbation du jury. Une violence codifiée, mais réelle.
L’héritage romain et la longue parenthèse
Les Romains reprennent les pratiques grecques et étrusques. Sous l’Empire, des gladiateurs — souvent prisonniers ou esclaves — combattent avec des bandages de cuir parfois renforcés de plomb. En 392, l’empereur Théodose Ier interdit le pugilat. La boxe disparaît alors presque entièrement pendant plus de mille ans.
| Époque | Lieu | Fait marquant |
|---|---|---|
| ~3000 av. J.-C. | Mésopotamie | Premiers reliefs de combats à poings bandés |
| 688 av. J.-C. | Grèce | Pugilat aux Jeux olympiques, victoire d’Onomaste de Smyrne |
| 392 ap. J.-C. | Empire romain | Interdiction du pugilat par Théodose Ier |
La renaissance anglaise : James Figg, Jack Broughton et les premières règles
James Figg, le père de la boxe récent
James Figg (1695-1734) est unanimement reconnu comme le fondateur de la boxe récent. En 1719, il ouvre la première école de boxe de l’histoire à Londres. Son bilan est éloquent : sur 270 combats disputés jusqu’en 1730, il ne subit qu’une seule défaite. Sa pratique mêle boxe à mains nues, lutte et escrime — un style hybride, terriblement efficace.
Jack Broughton et les London Prize Ring Rules
C’est Jack Broughton (1704-1789) qui fait franchir un cap décisif à la discipline. Après avoir tué un adversaire sur le ring, il décide de codifier les règles pour éviter toute nouvelle tragédie. En 1743, il rédige les London Prize Ring Rules, premières règles universelles de boxe. Elles interdisent de frapper un adversaire à terre ou en dessous de la ceinture, et établissent qu’un combattant incapable de se relever en trente secondes perd le combat. Broughton invente aussi le ring surélevé et les gants d’entraînement. Son palmarès avoisine les 400 victoires. En 1838, le London Prize Ring complète cet héritage en édictant 29 règles supplémentaires.
Les règles du Marquis de Queensberry : la révolution moderne
En 1865, le journaliste John Graham Chambers codifie les combats de boxe en 16 règles, publiées sous le nom du Marquis de Queensberry (John Shoito Douglas) et officiellement adoptées en 1867. Ces règles imposent le port des gants, définissent des rounds de trois minutes avec une minute de repos, établissent des catégories de poids et fixent à dix secondes le délai pour se relever après un knock-down. Le ring doit mesurer 24 pieds carrés, soit 7,3 mètres de côté. Ces règles transforment radicalement le sport : plus technique, plus rapide, moins létal. La boxe anglaise n’est par contre autorisée légalement qu’en 1891, en Angleterre et en Amérique du Nord.
La boxe française et son développement hexagonal
Charles Lecour fusionne savate et boxe anglaise
Charles Lecour est le créateur de la boxe française. Parti se former à Londres auprès des boxeurs Swift et Adams, il revient en France et fusionne les techniques anglaises avec la savate — ce combat de rue à coups de pieds prisé depuis les années 1830. Sa salle du passage des Panoramas accueille régulièrement l’aristocratie parisienne. En 1848, il cède la salle à son frère Hubert Lecour. La boxe savate française naît officiellement de cette fusion. Les premiers matchs parisiens de boxe française ont lieu salle Wagram en 1900, et les premiers combats de boxe anglaise au Wonderland en 1904.
Les prisons de la Tamise, creuset inattendu
Durant les guerres napoléoniennes, les prisons flottantes sur la Tamise abritent un brassage culturel inattendu. Des prisonniers français pratiquant la savate y affrontent des geôliers anglais adeptes de la boxe anglaise. Ce croisement direct contribue à enrichir les deux disciplines et forgera durablement l’identité de la boxe pieds-poings.
L’expansion institutionnelle au XXe siècle
La boxe s’organise rapidement. Le 2 juillet 1921, à Boyle’s Thirty Acres de Jersey City, Georges Carpentier (1894-1975) affronte Jack Dempsey lors du premier championnat du monde poids lourds officiellement reconnu. La World Boxing Association est fondée aux États-Unis la même année sous le nom de National Boxing Association. Entre décembre 2015 et décembre 2016, le nombre de licenciés de boxe progresse de 17 % en France, preuve d’un engouement qui ne faiblit pas. Pour la boxe en Algérie, cet élan méditerranéen raconte lui aussi une histoire passionnante de champions et de passion populaire.
Frankly, comprendre qui a inventé la boxe, c’est accepter qu’aucun homme seul n’en est l’auteur. C’est une accumulation de cultures, de combattants et de législateurs qui, sur 5 000 ans, ont donné naissance au noble art.
Sources :
– Wiki de la boxe
– Site des combattants

