L'articolo in breve
La France compte plus d’une centaine de champions du monde de boxe anglaise depuis 1920. Découvrez les figures majeures qui ont marqué ce sport sur tous les continents :
- Les pionniers fondateurs : Georges Carpentier (1920), Battling Siki (1922), Eugène Criqui (1923) et Marcel Cerdan, le légendaire « Bombardier Marocain » disparu en 1949.
- La génération dorée des années 1990-2010 : Les frères Tiozzo, Laurent Boudouani, Jean-Marc Mormeck et Hacine Cherifi ont dominé leurs catégories respectives avec des records de défenses impressionnants.
- Diversité géographique et humaine : Des origines sénégalaises, camerounaises, guadeloupéennes et algériennes témoignent de l’intégration au cœur de la boxe française.
- Les champions contemporains : Tony Yoka (champion olympique 2016) et Souleymane Cissokho poursuivent cet héritage dans les catégories lourdes et légères.
Le 12 octobre 1920, Georges Carpentier met KO Battling Levinsky au 4e round à Jersey City. Ce soir-là naît un héritage sportif que la France portera pendant plus d’un siècle : celui de ses champions du monde de boxe anglaise professionnelle. Depuis Carpentier jusqu’à Tony Yoka, en passant par Marcel Cerdan et Jean-Marc Mormeck, les Français ont brillé sur tous les rings de la planète, dans presque toutes les catégories de poids. Un palmarès aussi riche que méconnu, qu’il est temps de dresser.
Les pionniers français de la boxe mondiale : de Carpentier à Cerdan
Georges Carpentier reste une figure indispensable. Né à Liévin en 1894, il signe 89 victoires en 109 combats et devient, ce 12 octobre 1920, le premier Français champion du monde de boxe anglaise, dans la catégorie mi-lourds. Son palmarès est aussi variegué qu’impressionnant : titres d’Europe des welters, des moyens, des mi-lourds, et le titre mondial des lourds de race blanche en 1914. Un monument.
Deux ans plus tard, le 24 septembre 1922 au Stade Buffalo de Montrouge, Battling Siki — né Amadou Mbarick Fall à Saint Louis — détrône Carpentier par KO au 6e round et s’empare de la ceinture mondiale des mi-lourds. 64 victoires en 92 combats, une Croix de Guerre, une médaille militaire. Pourtant, la Fédération Française de Boxe l’exclut suite aux pertes des parieurs. Il mourra à seulement 28 ans, abattu de deux balles dans le dos dans le quartier new-yorkais de Hell’s Kitchen, enterré dans une fosse commune. Il faudra attendre 1993 pour que le WBC le réhabilite officiellement.
Eugène Criqui, surnommé Mâchoire de fer, prend lui le relais en 1923. Né à Paris en 1893 et professionnel depuis 1910, il bat Johnny Kilbane à New York par TKO au 6e round et devient champion du monde des poids plumes. Au total — 99 victoires dont 53 par knockout en 130 combats. Son intégration à l’International Boxing Hall of Fame en 2005 consacre une carrière hors norme.
Mais le sommet absolu de cette époque pionnière, c’est Marcel Cerdan. Né en Algérie française en 1916, surnommé le bombardier Marocain e l’homme aux mains d’argile, il s’impose avec 119 victoires dont 61 par KO en seulement 123 combats, pour 4 défaites au total. Cinq fois champion de France, quatre fois champion d’Europe. Le 21 septembre 1948 à Jersey City, il soumet Tony Zale par RTD au 11e round et devient champion du monde des poids moyens. Sa relation avec Édith Piaf a alimenté la légende. Il disparaît le 27 octobre 1949 dans le crash de son avion au-dessus de l’archipel des Açores, alors qu’il rejoignait New York pour un match retour prévu le 2 décembre. La boxe française ne s’en est jamais vraiment remise.
| Champion | Categoria | Titre obtenu | Organizzazione |
|---|---|---|---|
| Georges Carpentier | Mi-lourds | 12 oct. 1920 | Mondial |
| Battling Siki | Mi-lourds | 24 sept. 1922 | Mondial |
| Eugène Criqui | Plumes | 1923 | Mondial |
| Marcel Cerdan | Poids moyens | 21 sept. 1948 | Mondial |
| Robert Cohen | Poids coqs | 19 sept. 1954 | Mondial |
| Alphonse Halimi | Poids coqs | 1er avr. 1957 | Mondial |
La génération dorée des champions français des années 1990-2010
Les années 1990 marquent une explosion du nombre de champions français. Pour la boxe française sous toutes ses formes, cette décennie représente un âge d’or. Laurent Boudouani, natif de Savoie et formé au Mont Blanc Boxe de Sallanches, illustre parfaitement cette montée en puissance. Vice-champion olympique à Séoul en 1988, battu par le Kényan Robert Wangila, il prend sa revanche en professionnel. Le 21 août 1996, il décroche la ceinture WBA des super-welters en mettant KO Julio César Vásquez au 5e round au Cannet. 38 victoires dont 32 par KO, 42 combats au total. Il reste à ce jour le dernier Français à avoir défendu un titre mondial sur le sol américain, en mars 1997 face à Carl Daniels.
Christophe Tiozzo, né le 1er juin 1963 à Saint-Denis, avait ouvert la voie dès le 30 mars 1990 en battant In-Chul Baek par TKO au 6e round à Lyon pour le titre WBA des super-moyens. Son frère Fabrice, né en 1969, va encore plus loin : professionnel de 1988 à 2006, il accumule 50 combats, 48 victoires, seulement 2 défaites. Champion WBC des mi-lourds de juin 1995 à juin 1997, puis champion WBA des lourds-légers de novembre 1997 à décembre 2000 avec 4 défenses, puis à nouveau champion WBA des mi-lourds de mars 2004 à décembre 2005. Au total, 15 défenses au championnat du monde. Un bilan exceptionnel, rarement égalé dans l’histoire de la boxe hexagonale.
Jean-Marc Mormeck, lui, naît le 3 juin 1972 à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Il décroche le titre WBA des lourds-légers le 23 février 2002 en envoyant Virgil Hill au tapis au 8e round à Marseille. Puis il unifie WBA et WBC le 2 avril 2005 à Worcester en dominant Wayne Braithwaite aux points sur 12 rounds, avant de reconquérir ces deux ceintures le 17 mars 2007 à Levallois-Perret contre O’Neil Bell. 37 victoires en 46 combats. Nommé délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’mis à part-mer le 17 mars 2016, il reste l’un des boxeurs français les plus complets de sa génération. Pour en savoir plus sur d’autres figures puissantes du ring en Afrique du Nord, l’histoire de la boxe algérienne offre un éclairage saisissant sur des destins similaires.
Les champions français du monde à ne pas oublier pour écrire l’histoire complète
La liste des champions du monde de boxe française ne s’arrête pas aux noms les plus médiatisés. Hacine Cherifi, né en 1967 à Lyon et professionnel depuis 1989, décroche le titre WBC des poids moyens le 2 mai 1998 en dominant Keith Holmes aux points sur 12 rounds. Il est le seul Français champion WBC des moyens depuis Marcel Cerdan en 1948 — cinquante ans d’attente. 43 victoires en 56 combats. Il prend sa retraite en 2005 et se tourne vers la comédie deux ans plus tard. Plusieurs gymnases portent son nom près de Lyon, surtout à Rilleux-la-Pape.
Nordine Oubaali, né à Lens en 1986, conquiert le titre WBC des poids coqs le 19 janvier 2019 au MGM Grand de Las Vegas, en battant Rau’shee Warren aux points sur 12 rounds. Deux défenses réussies — en juillet puis novembre 2019 — avant de tomber face au Philippin Nonito Donaire le 29 mai 2021 à Los Angeles. 17 victoires en 18 combats. Ses parcours aux JO de Pékin en 2008 et de Londres en 2012 témoignent d’un niveau amateur solide avant une carrière professionnelle aboutie. Sur les rings de la catégorie des poids légers en boxe anglaise, Jean-Baptiste Mendy avait lui aussi brillé — champion WBC en avril 1996 à Levallois-Perret, puis WBA en mai 1998 à Paris, pour 55 victoires, 3 nuls et 8 défaites en 67 combats.
- Brahim Asloum : champion olympique à Sydney en 2000 à 21 ans, puis champion du monde des mi-mouches le 8 décembre 2007 — premier Français à cumuler ces deux titres.
- Julien Lorcy : champion WBA des légers en 1999, puis à nouveau en 2001 à Saitama devant 22 000 spectateurs en 36 rounds face à Takanori Hatakeyama. 56 victoires en 68 combats.
- Tony Yoka : champion olympique à Rio en 2016, professionnel depuis 2017. 11 victoires en 12 combats, suspendu un an pour antidopage, porteur de la ceinture WBC Francophone des lourds depuis 2021.
- Anaclet Wamba : champion WBC des lourds-légers à partir du 20 juillet 1991 avec 7 défenses, pour 46 victoires en 49 combats. Retraité à 34 ans.
- Souleymane Cissokho : 16 victoires en 16 combats depuis son passage pro en 2017, médaillé de bronze à Rio en 2016.
Julien Marie-Sainte, surnommé le Brigadier, mérite aussi une mention particulière : cinq fois champion de France, 31 victoires en 41 combats dont 26 par KO. Il succombe à une crise cardiaque le 25 août 2023 à Marseille, laissant derrière lui un palmarès impressionnant et une popularité intacte dans les salles de boxe françaises.
Comprendre pourquoi la France domine la boxe mondiale depuis un siècle
La France se retrouve à égalité avec la Grande-Bretagne comme nation la plus titrée de la boxe professionnelle européenne. Ce n’est pas un hasard. Les structures fédérales françaises, les clubs régionaux comme le Mont Blanc Boxe de Sallanches ou les gymnases parisiens, ont formé des générations entières depuis les années 1920. La WBA, fondée en 1921 — anciennement NBA —, et le WBC, créé en 1963, ont reconnu ces titres qui jalonnent l’histoire sportive nationale.
Franchement, ce qui frappe dans ce palmarès, c’est sa diversité. Des origines sénégalaises avec Battling Siki, camerounaises avec Hassan N’Dam N’Jikam, guadeloupéennes avec Jean-Marc Mormeck, algériennes avec Marcel Cerdan : la boxe française a toujours été une affaire de mixité et d’intégration, bien avant que ces mots deviennent des slogans. Chaque titre mondial porte avec lui une trajectoire humaine singulière.
Le vrai défi pour les champions qui arrivent aujourd’hui est de s’inscrire dans cet héritage sans en être écrasés. Tony Yoka porte ce poids depuis Rio 2016. Souleymane Cissokho, invaincu en 16 combats, construit patiemment son chemin. La profondeur du vivier français — visible dans les catégories allant des poids mi-mouches a pesante — laisse penser que cette liste va encore s’allonger dans les années qui viennent. Reste à savoir dans quelle catégorie émergera le prochain nom à entrer dans l’histoire.

